mercredi 12 mai 2010

Chez Tenko

Voilà un moment que Tenko veut que je vienne manger chez lui. Alors, c'est décidé, c'est pour demain. J'arrive au souk dans la matinée, mais je vais mettre un bon moment avant d'atteindre sa boutique. Je me fait attraper au passage par le bijoutier de l'entrée de souk. Me voilà assise sur un tapis dans sa boutique, il commence à préparer le thé... alors je sais que je vais rester pour les trois thés. De nombreux Touaregs bijoutiers viennent dans sa boutique, ils me connaissent tous et me nomment Aicha.
Arrivée enfin dans la boutique de Tenko, Ghabda est là aussi, il sera également des nôtres. C'est Moussa qui nous déposera en voiture, la maison est dans le quartier de Djazira. Pour atteindre la maison de Tenko, il faut grimper, grimper ce petit chemin de terre. Elle est agrippée à la montagne, c'est la plus haute du quartier. Au dessus, ce ne sont que rochers et cailloux, le désert, le reg.
Nous voici devant la porte de la maison, vieille porte de bois, laissant passer le vent et la lumière par ses morceaux manquants, envolés avec le temps. Nous entrons dans une petite pièce, sol de sable, murs de pierres et terre recouverts d'argile blanche, il y a très longtemps à en voir leur état. Le toit est constitué de feuilles de palmiers serrées entre elles, posée sur une poutre en bois de palmier. Cette petite pièce n'a pas de porte et donne dans la cour, elle-même partagée en deux. Une partie est a ciel ouvert, l'autre couverte avec le même système que la petite pièce. En face la chambre familiale où Tenko dort avec sa femme Tonou et leurs deux enfants. Dans la chambre, seuls quelques tapis font office de lit. Il n'y a rien d'autre. A côte, la cuisine. Dans cette pièce, un réchaud posé à même le sol, et une sorte de plan de travail sur lequel sont posés quelques marmites. Tonou est en train de cuisinier lorsque nous arrivons. Pas d'évier, pas de placard, pas de fenêtre. Pour les "sanitaires", il faut passer une autre petite porte pour sortir de la cour, un plan incliné descend alors vers une zone avec trois pans de murs, sans toit, un trou dans le sol bétonné, c'est la douche. Les toilettes sont sur le même système, trois murs, un wc turc, un petit toit a été ajouté. Des bouteilles sont là pour servir de chasse d'eau. Pas de porte, pas d'eau courante. Mais une vue superbe sur l'oued de Djanet. Cette maison m'aurait un peu effrayée, déstabilisée, si j'y étais venue avec mon esprit d'Européenne du début de l'aventure. Et pourtant, ce jour là, je la trouve tellement belle, sauvage et naturelle, authentique. Je m'y sens bien, à l'aise, en harmonie.
Nous installons les matelas dans la cour, sous le préau. Tonou a préparer un festin! Couscous délicieux, salade de hors d'œuvres, salade verte, et un plateau de fruits, oranges, pommes et bananes. Tout est parfumé d'épices si savamment dosées. Un autre amis Touareg du Niger nous a rejoints pour le repas.
Tenko me montre ensuite toutes ses photos. Il partage avec moi sa vie, son histoire. Me parle de la vie au Niger, de ses amis, il est ému lorsqu'il me parle des amis disparus dans un accident ou lors des combats Touaregs. Son ancienne femme et son premier enfant. Il me livre les anecdotes de quelques photos. Son voyage pour la Lybie à bord d'une camionnette de passeurs, entassé avec tous les clandestins, accroché sur le toit du pick up pendant de longues heures, en plein soleil. Les souvenirs de ses 20ans. Les fêtes. La vie de tous les jours a Niamey.
Qu'il est bon de me trouver là avec eux, comme un membre de la famille. Les images de ces instants restent dans mon esprit comme si c'était hier, l'atmosphère, les regards, la confiance et la sérénité. Merci Tenko.

samedi 1 mai 2010

La Land Rover d'Amoumene

Sortie des temps anciens, voire encore plus anciens.... la Land Rover d'Amoumene, 40 ans d'âge, ma voiture préférée à Djanet. Rien que la calandre vaut le détour, avec ses phares de jour peints sur la carrosserie et les phares de nuit, la calandre balcon.
L'intérieur, essuie-glace automaticomanuel, climatisation à travers la grille sous le pare-brise.
Pas de compteur de vitesse, inutile de toute manière.Et ses décorations personnalisées faites par monsieur Amoumene en personne.

vendredi 23 avril 2010

Arsarhat

Voilà, l'aventure touche à sa fin. Demain soir, c'est le départ, retour en France.
Dans quel état d'esprit suis-je? Déchirée, tenaillée, arrachée à ma terre, à mon peuple d'adoption, le coeur en miettes, l'esprit en éclats. J'en crève.
J'ai commencé les au revoir ce matin. Que de larmes déjà. Tellement de personnes dans mon coeur, qui m'ont touchée et que j'ai touchés. Je ne sais pas si je les reverrai un jour ou non, mais ils restent à jamais gravés dans mon coeur.
Le départ va être vraiment dur demain soir...
Mais en même temps je suis tellement heureuse d'avoir pu vivre ces six mois ici, en harmonie avec mes idées, mes envies de vie, mes sensations. Ça a été du pur bonheur. Aucun regret. J'en sors grandie, enrichie, avec l'impression d'avoir vécu vraiment, d'avoir échangé sans retenue, naturellement, avec les gens et avec les éléments, le désert.
Sahara je t'aime, Touaregs je vous aime!

Le blog ne s'arrêtera pas pour autant. Encore beaucoup de choses à raconter. Je n'ai pas toujours été assidue par faute de temps, ou de moyen, ou de mauvaises excuses...alors ne raccrochez pas.

Touksi

Mardi
Température dans la maison 30°C
Dehors à l'ombre 41°C
Dehors au soleil 59°C
Il me semblait que j'avais un peu chaud....

lundi 19 avril 2010

Le vent d'ici

Hier, pluie à Illizi, première ville au nord de Djanet, à 400km. L'oued va couler.
Ici, le vent s'est levé en fin de matinée, fort, chargé en sable, tournoyant, fouettant les corps. Il s'appelle ici ado. La visibilité s'est obstruée. Le paysage est devenu fantomatique en fin de journée, dans le soleil couchant.
Quelques gouttes, dans le début de la nuit, sont venues rafraîchir nos corps brûlants de la chaleur de la journée passée. Petit bonheur simple, en accord avec les éléments.

samedi 17 avril 2010

Catastrophe naturelle

Dans la nuit de mercredi à jeudi, est-ce un fil électrique qui a fait des siennes, est-ce un braséro destiné au thé, mal éteint? Toujours est-il que le souk a pris feu vers 1h du matin. Le souk est constitué de deux allées, celle des "boutiques" arabes, celles de "boutiques" touaregs. Ces fameuses boutiques sont fabriquées avec des bidons de pétrole ouverts, mis côte à côte, les jours étant comblés par des morceaux de sac de blé, de cheich, de tissu. Quelques tapis ça et là pour la sieste. Cette fois ci, c'est toute l'allée des Touaregs qui a pris feu et qui a brûlé. Tout est parti en fumée, les bazanes, tenues traditionnelle des hommes, les tassarnests, celle des femmes, les cheichs, les bijoux d'argent, les vieux sacs touareg, issus des familles nomades d'origine, les machines à coudre des tailleurs locaux, tout. Beaucoup ont tout perdu. Et il sera difficile pour eux de se remettre de cette catastrophe. Le feu a tout dévoré, et s'est arrêté, comme par magie, ou grâce a la petite ruelle qui passe là, au niveau de la boutique de mon ami bijoutier Tenko.

Sa boutique a été épargnée par les flammes, je l'appelle le rescapé. Voici un aperçu du désastre, vu de l'oued, et vu de chez Tenko, avec les bijoux survivants en premier plan.

mardi 13 avril 2010

Décallage

Toutes ces choses qui me semblent maintenant "normales" mais qui étonneraient encore un Européen.....
Le transport public dans la benne d'un camion, hommes et enfants, debouts accrochés aux chambranles. Les enfants courant pieds nus dans la rue.
Un enfant de 4 ans, portant un sac de pain aussi grand que lui, seul entre la boutique et sa maison.
Une ribambelle de vieux, assis à même le sol, adossés au mur, prenant le frais, et palabrant dans le soleil couchant.
Une vieille femme, revenant des jardins, un énorme paquet de plantes posé sur la tête, son visage en dépassant à peine. La rue... faite de sable.
Le bijoutier forgeron tenant son chalumeau avec les pieds pour avoir les deux mains libres pour travailler.
Allumer un feu sans papier.
La voiture, une roue manquante, attendant la paye pour la changer... depuis que je suis là. Faire cuire du pain, dans le sable.
Les chèvres qui se promènent dans la rue.
Les hommes assis à même le sable, dans l'oued, jouant à Dhara, mélange d'échecs et de dames, les pions sont des cailloux pour les blancs et des crottes de dromadaires sèches pour les noirs, creux dans le sable pour les cases